Désorceler Frontex : Une approche cosmologique et conjuratoire des frontières

Dans le cadre de la bourse FRArt 2025. En partenariat avec l’ESA le 75 et l’ESA St Luc Bruxelles

Note synthétique du projet

Le projet de recherche porte sur la criminalisation des migrant⸱es, la militarisation et la financiarisation des frontières. En tant qu’institution centrale dans les politiques migratoires européennes et plateforme autour de laquelle gravitent des intérêts industriels et financiers, Frontex sera le point d’entrée de notre recherche. Depuis les murs extérieurs de l’Europe avec la militarisation des frontières, jusqu’aux obstacles intérieurs tels que la crise de l’accueil en Belgique, nous partirons des savoirs expérientiels de personnes exilées pour nous saisir du sujet.

Nos objectifs sont de concevoir et d’expérimenter des outils et des formats artistiques pour participer à la lutte pour la régularisation, la liberté de circulation et l’abolition des frontières, en façonnant d’autres récits sur la migration et les personnes en exil que ceux qui dominent aujourd’hui médiatiquement. Nous questionnons la manière dont les différentes représentations – fictionnelle, spatiale, plastique et cartographique – des forces agissantes aux frontières peuvent rendre lisibles un système de domination et d’oppression. S’appliquer à collecter les récits, inventer les espaces pour les recueillir, les dessiner, les exposer ou les performer, tout en composant et créant avec les personnes en situation de migration, nous semble à même de s’inscrire dans un mouvement plus global qui questionne et repositionne la figure de l’artiste et de la création dans le champ politique. Nous cherchons à valider l’hypothèse que la méthode du Microcosmogramme et les pratiques d’imaginations, co-construites et expérimentées avec des personnes concernées, peuvent avoir de l’agentivité, une intentionnalité agissante (Gell, 2019).
John Tresch définit une cosmologie comme un « système de classification, un mythe d’origine ou une théorie des relations entre les composantes de l’univers [qui] implique aussi des dimensions affectives, esthétiques, et la perception d’une cohérence entre les mots, usages et objets spécifiques à un groupe ». Le projet de recherche s’attache ainsi à imaginer, écrire, dessiner et performer des cosmologies.

Dans le concret, le travail suivra plusieurs axes correspondant à différents domaines de recherches, tels que des expérimentations cartographiques, spéculatives, performatives et sculpturales, éditoriales et de dissémination, ainsi qu’un axe transversal d’expérimentations administratives.
L’axe 1 permettra d’expérimenter des façons de représenter les acteur·ices impliqué·es dans la politique des frontières et celleux en subissant les effets, à partir d’un Microcosmogramme, un outil de représentation cartographique des forces à l’œuvre dans les frontières européennes. L’axe 2 cherchera à activer des futurs désirables grâce à des ateliers de spéculation portés sur des initiatives en lutte pour la régularisation, la liberté de circulation et l’abolition des frontières. L’axe 3 sera une expérimentation performative et sculpturale pour explorer les dimensions scénographiques, corporelles et rituelles de la cartographie des acteur⸱ices que nous aurons établie précédemment et des récits spéculés dans l’axe 2. L’axe 4 permettra de conduire des recherches éditoriales pour disséminer la recherche en cohérence avec ses objectifs. En accord avec les enjeux éthiques du projet, un axe transversal d’expérimentation administratif sera déployé. Il s’agira de poursuivre la réflexion du projet Exil·s & Création·s (présenté en section 2.2) sur les manières, pour le secteur artistique, de développer une relation éthique, économique et administrative avec des personnes sans papier. 

Ce projet s’inscrit dans des pratiques de recherche-action que nous activons depuis 2017 et dont nous souhaitons poursuivre l’expérimentation. Si certains jalons exploratoires ont déjà été plantés, ce projet de recherche nécessite de s’élargir avec un travail collaboratif inédit, et un large réseau de collectifs et d’expert·es. Habitué à travailler horizontalement et en grand groupe, notre collectif a déjà tissé des liens avec plusieurs collaborateur·ices externes qu’il s’agirait d’impliquer. (Exil·s & Création·s ; IEB ; LaboFii ; NIMIS groupe ; Rocking Squat ; The Futurology of Cooperation ; VSP ; Zone neutre ; ZK House).